Si Deutsche Bank a fait le choix d’une mue sans révolution, le modèle de supermarché bancaire est bousculé. Explications.

Sept ans de réflexions. Depuis la phase aiguë de la crise en 2007-2008, la planète finance a profondément évolué. A l’image de la mutation actuelle de Deutsche Bank, qui, plutôt que de se positionner en « Goldman Sachs européen », a choisi de réduire la taille de son modèle de banque universelle, nombre d’établissements ont dû évoluer­ ou devront bientôt le faire.

Pourquoi la question des modèles bancaires est-elle relancée ?

Ces sujets sont déjà anciens. Mais ils revêtent ces derniers mois une urgence particulière, car la rentabilité des vieux modèles se trouve clairement sous pression. Pour la banque de détail, l’activité de prêt aux particuliers ou aux entreprises est devenue moins lucrative en raison de l’environnement de taux pour le moins inhabituel, provoqué ces derniers mois par la politique monétaire de la BCE. Dans le même temps, les réglementations issues de la crise sont arrivées à maturité. Désormais, lorsque la banque prête ou investit, elle doit par sécurité immobiliser davantage de capitaux. Ses fonds propres sont donc moins rentables et la banque se doit de les allouer de la façon la plus optimale. Enfin, plusieurs années après d’autres secteurs, la révolution Internet touche de plein fouet les services financiers. Les clients attendent davantage de services, d’ergonomie et de réactivité, ce qui suscite de très gros chantiers informatiques. Une exigence que Deutsche Bank a mise à son agenda dans le cadre de sa réorientation stratégique. Ultime aiguillon : la politique des régulateurs – américains en parti­culier –, qui infligent désormais des pénalités en milliards de dollars, pousse les groupes bancaires à se concen­trer sur ce qu’ils savent faire le mieux. «  Les banques européennes doivent désormais faire des choix pour réduire la taille de leur bilan afin d’améliorer leur capacité à assurer le contrôle de leurs risques », confirme Alex Koagne, analyste chez Natixis.

Tous les pays sont-ils concernés ?

Malgré une toile de fond commune, le paysage varie fortement d’un pays à l’autre. En France, certains groupes, comme le Crédit Agricole, ont déjà réduit la voilure à l’international. Globa­lement, des ajustements de périmètre ont eu lieu au sein des établissements qui ont gardé leur intégrité. Les Etats-Unis ont fait le chemin inverse puisque la crise a vu naître de très puissantes banques univer­selles : ce sont de grands établissements de détail qui ont sauvé les banques d’investissement à la dérive, à l’image par exemple du rachat de Merrill Lynch par Bank of America. Sans surprise, les pays les plus secoués par la crise financière – où les Etats ont dû nationaliser les banques ou apporter des aides massives – sont aussi ceux où les restructurations ont été les plus visibles : aux Pays-Bas, en Espagne ou encore au Royaume-Uni, où le travail n’est pas achevé.

L’Europe reste-t-elle une terre d’élection pour le modèle de banque universelle ?

«  Le principe de banque universelle reste intact dans tous ces pays. Seulement, elles n’ont plus toujours les mêmes dimensions, le choix de mettre l’accent ou non sur certains métiers dépend de contextes économiques locaux », souligne Bruno de Saint-Florent, associé chez Oliver Wyman. Les choix récents de Deutsche Bank l’ont confirmé : il n’y a pas de grande banque d’investissement qui n’ait également d’activité de détail sur le continent. «  Ce n’est pas un hasard : la faible désintermédiation de l’économie rend nécessaire pour les banques de financer les entreprises via du crédit et de recourir à des dépôts stables des particuliers pour se financer  », fait valoir Romain Burnand, cofondateur de la société de gestion Moneta.

 Les promoteurs de ce modèle soulignent aussi qu’il permet aux établissements de répartir leurs risques entre des activités stables et d’autres plus volatiles. Aujourd’hui, toutefois, pour résoudre leurs difficultés et réduire leurs risques juridiques, certains groupes­ comme le britannique Royal Bank of Scotland se désengagent massivement de leurs activités de banque de financement et d’investissement. Un mouvement qui va de pair avec un recentrage accéléré sur le marché britannique.

Qui va profiter de ces transformations ?

Trois espèces pourraient survivre et même prospérer sur cette nouvelle planète bancaire. Sous réserves de nouvelles réglementations qui pénalisent les établissements de très grande taille, les groupes bancaires en bonne santé pourraient se retrouver en position de racheter tous ceux qui ne seront pas parvenus à résoudre l’équation de la rentabilité. A titre d’exemple, les banques françaises n’ont jamais fait mystère de leur appétit pour le marché allemand. L’Union bancaire – qui place les plus grandes banques du conti­nent sous une supervision européenne commune – devrait aussi faciliter ces opérations transfrontalières.

De plus petits acteurs « agiles » pourraient aussi sortir gagnants.«  Une banque capable d’offrir une expérience digitale au client radicalement nouvelle peut creuser l’écart  », estime Bruno de Saint-Florent. En marge de cette catégorie, les « innovateurs », ces petits acteurs non bancaires qui s’invitent sur certaines activités bien précises, rêvent aussi de rebattre les cartes au gré de l’émergence de nouveaux usages : établissements de paiement, agrégateurs de données bancaires, plates-formes de financement participatif sont en embuscade.

 

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